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Vue aérienne des toits de Sarlat-la-Canéda et de la cathédrale Saint-Sacerdos

Dordogne

L'histoire de Sarlat tient debout dans ses rues

Sept moments, sept édifices. Tous sont encore là, et vous pouvez aller les voir aujourd'hui.

On visite Sarlat comme on feuillette un livre dont les pages seraient en pierre. Rien n'y a été reconstitué pour les visiteurs : ce que vous voyez est ce qui a tenu.

Voici comment une abbaye posée au fond d'un vallon humide est devenue la ville médiévale la plus dense de France, et pourquoi elle a traversé mille ans sans être défigurée. La réponse à cette dernière question est plus surprenante qu'on ne le croit.

IXᵉ siècle · La fondation

Avant la ville, il y a un monastère.

Une abbaye dans un vallon

Sarlat ne commence ni par une place ni par un château, mais par une communauté de moines bénédictins installée au fond d'un vallon humide, à l'écart des grandes routes. Le lieu n'a rien d'évident : encaissé, traversé par un ruisseau, difficile à défendre.

On situe la fondation au IXᵉ siècle, sans pouvoir la dater précisément : l'abbaye n'est attestée par un texte qu'au XIIᵉ siècle. Les reliques de saint Sacerdos, ancien évêque de Limoges, arrivent plus tard et font venir les pèlerins. Autour de l'abbatiale viennent alors s'accrocher des maisons, puis des rues, puis des remparts.

Cette forme initiale ne bougera plus jamais. Aujourd'hui encore, le plan de Sarlat est celui d'un village monastique agrandi, avec ses ruelles qui convergent toutes vers le même point. Du bâtiment de ces premiers siècles, il ne reste presque rien : le clocher roman et quelques baies, noyés dans une nef gothique reconstruite mille ans plus tard.

Baie romane de la cathédrale Saint-Sacerdos
Une baie romane de la cathédrale : l'un des rares fragments visibles de l'abbatiale des origines.

1298 · Les consuls

Le jour où les habitants cessent d'obéir à l'abbé.

La ville prend la parole

Pendant près de cinq siècles, Sarlat appartient à son abbaye. Mais les bourgeois se sont enrichis par le commerce et supportent de moins en moins que l'abbé décide de tout, du marché aux impôts.

Le conflit se règle par un texte : le Livre de la paix, conclu en 1298 et ratifié par le roi l'année suivante. L'abbé garde le spirituel, les habitants obtiennent quatre consuls élus, une administration et la défense de leur ville. C'est une petite révolution juridique, et elle se voit dans la pierre.

Dans les décennies qui suivent, les familles patriciennes construisent pour montrer ce qu'elles sont devenues. Vers 1330-1340, les d'Albusson élèvent rue des Consuls une demeure qu'on agrandira pendant trois siècles : baies ogivales au rez-de-chaussée, fenêtres gothiques à l'étage, celles du second refaites au XVᵉ siècle, aile et balcon de fer forgé au XVIIᵉ. La façade se lit comme une coupe géologique de la fortune d'une famille. En 1473, le notaire Guillaume Plamon l'achète, et c'est son nom à lui qui restera.

L'escalier à balustres de bois de l'hôtel Plamon, vu depuis le pied des marches sous son plafond à poutres
Hôtel Plamon, rue des Consuls : trois siècles d'agrandissements empilés sur une seule façade.

1317 · L'évêché

Une abbatiale devient cathédrale, et il faut loger un évêque.

Sarlat change de rang

En 1317, le pape crée le diocèse de Sarlat. L'ancienne abbatiale bénédictine devient cathédrale, et Raymond de Roquecorn prend ses fonctions l'année suivante. Pour une ville de cette taille, c'est un changement d'échelle : un évêque, un chapitre, une administration, et des chantiers.

Le logis de l'abbé devient palais épiscopal. On l'agrandit surtout entre la fin du XVᵉ et le début du XVIᵉ siècle, contre le flanc de la cathédrale, à un moment où les évêques de Sarlat sont souvent italiens et souvent ailleurs. Le palais est donc bâti pour des occupants qui n'y résident guère.

Il servira à tout le monde ensuite. Le Concordat supprime le diocèse en 1801, le palais devient hôtel de ville, puis tribunal, puis théâtre, puis marché couvert, et aujourd'hui office de tourisme. Cinq usages en un siècle et demi, dans un bâtiment conçu pour un seul.

Vestibule voûté de l'ancien évêché
Le palais épiscopal, contre le flanc de la cathédrale : cinq vies dans un bâtiment conçu pour une seule.

1360 · La guerre de Cent Ans

Dix ans sous une autre couronne, et un retour négocié.

Sarlat devient anglaise, puis négocie son retour

La guerre est là bien avant le traité : en 1348, une troupe anglaise prend le château de Campagnac, la maison forte qui garde Sarlat au nord-ouest. Puis, en 1360, le traité de Brétigny livre tout le grand Sud-Ouest au roi d'Angleterre. La ville change de camp sans siège, par un trait de plume dans un accord signé à six cents kilomètres de là.

Elle s'en accommode mal. Quand du Guesclin repousse les Anglais, Sarlat pose ses conditions : elle obtient d'abord confirmation de ses privilèges, et accepte alors, en 1370, de redevenir française et d'envoyer sa milice à la reconquête de la région. Le ralliement n'est pas un élan, c'est un contrat.

Sarlat n'aura jamais été prise. À la fin du conflit, en 1453, elle redevient vite prospère, et adopte la salamandre dans ses armes. C'est cette prospérité retrouvée, plus que la guerre, qui a bâti la ville qu'on visite : la plus grande partie de ces façades blondes coiffées de lauzes date de la seconde moitié du XVᵉ siècle.

Château de Campagnac, Sarlat-la-Canéda
Château de Campagnac, pris par les Anglais en 1348 puis pendant les guerres de Religion en 1592.

1365-1507 · La reconstruction

Cent quarante-deux ans pour terminer une église.

Bâtir pendant la guerre

En 1365, en pleine guerre, Sarlat jette les fondations d'une nouvelle église paroissiale. Le chantier s'arrête, reprend, s'arrête encore. En 1479, l'architecte Pierre Esclanche construit la première travée, la façade, la grande porte et le clocher. L'église Sainte-Marie n'est consacrée qu'en 1507, cent quarante-deux ans après la première pierre.

Cette lenteur dit tout du siècle : on ne bâtit pas d'un trait quand la guerre passe, mais on ne renonce pas non plus. La même génération qui achève Sainte-Marie relance la reconstruction gothique de la cathédrale, sous l'évêque Armand de Gontaut-Biron, qui consacre l'une et démolit la nef romane de l'autre.

Sainte-Marie aura ensuite tout été sauf une église : désaffectée en 1794, vendue par parcelles, boulangerie, dépôt de bois, hôtel des postes, dispensaire. En 2001, Jean Nouvel la ferme par deux portes monumentales en acier et y installe le marché couvert. Il aura fallu un architecte pour lui rendre une foule, à défaut de fidèles.

Vue aérienne de l'église Sainte-Marie de Sarlat et de son clocher, au cœur du secteur sauvegardé
L'ancienne église Sainte-Marie, fermée depuis 2001 par les portes d'acier de Jean Nouvel.

1530 · La Renaissance

La plus belle maison de Sarlat a produit un texte dangereux.

Un adolescent écrit contre la tyrannie

Entre 1520 et 1525, Antoine de La Boétie, lieutenant criminel de la sénéchaussée de Sarlat, fait bâtir face à la cathédrale une maison qui ne ressemble à rien de ce qui l'entoure : pignon aiguisé, fenêtres à meneaux, médaillons sculptés, tout le vocabulaire italien qui vient d'arriver en France.

Son fils Étienne y naît le 1ᵉʳ novembre 1530. Entre seize et dix-huit ans, il écrit le Discours de la servitude volontaire, où il pose une question que personne n'avait formulée ainsi : pourquoi des millions d'hommes obéissent-ils à un seul, alors qu'il leur suffirait de cesser ?

Le texte circulera sous le manteau pendant des siècles et sera repris à chaque révolution. Étienne meurt à trente-deux ans, en 1563. Son ami Michel de Montaigne lui consacrera le plus célèbre chapitre des Essais, celui où il écrit, faute de mieux : « parce que c'était lui, parce que c'était moi ».

La façade Renaissance à pignon de la maison de La Boétie, vue depuis la place du Peyrou à Sarlat
Maison de La Boétie, bâtie entre 1520 et 1525. Étienne y naît cinq ans plus tard.

1837 puis 1962 · Le sauvetage

Sarlat est intacte parce qu'elle n'avait pas les moyens de se moderniser.

La pauvreté qui sauve

Au XIXᵉ siècle, Sarlat rate tout. Le chemin de fer arrive tard, l'industrie ne vient pas, les jeunes partent. La seule blessure sérieuse est la Traverse : une rue droite ouverte à partir de 1837 et achevée en 1865, percée à travers le tissu médiéval pour laisser passer les voitures, qui coupe la vieille ville en deux dans le sens de la longueur. C'est là, au 32, que la ville installera plus tard sa bibliothèque, dans une maison léguée par un notable.

Ailleurs, on ne démolit pas, faute d'argent. Les maisons du XVᵉ siècle restent debout parce que personne n'a les moyens d'en construire d'autres. Ce qui ressemble à un échec économique est en train de fabriquer, sans que personne s'en aperçoive, le plus grand ensemble médiéval conservé de France.

En 1962, la loi Malraux crée les secteurs sauvegardés. Deux ans plus tard, Sarlat est l'une des dix premières villes retenues, et c'est chez elle que la loi de restauration s'applique pour la première fois. L'État finance, les échafaudages montent, les enduits du XIXᵉ tombent, la pierre blonde réapparaît. En une dizaine d'années, la ville la plus pauvre du Périgord devient la mieux conservée du pays.

La salle de lecture de l'ancienne bibliothèque de Sarlat, son plafond à caissons peint et ses vitrines de bois
Au 32 rue de la République, sur la Traverse : l'ancienne bibliothèque municipale, léguée à la ville en 1924.

Sur place

Ce récit se marche

Les lieux de cette page se visitent à pied, à votre rythme, sans guide et sans réservation.

Questions

Les questions qu'on nous pose sur Sarlat-la-Canéda

Pourquoi Sarlat est-elle si bien conservée ?

Par pauvreté, puis par décision publique. Le XIXᵉ siècle industriel a contourné Sarlat, qui n'a donc jamais eu les moyens de démolir son bâti ancien pour le remplacer. En 1962, la loi Malraux a créé les secteurs sauvegardés ; deux ans plus tard, Sarlat comptait parmi les dix premières villes retenues, et c'est là que la loi de restauration s'est appliquée pour la première fois.

Combien de temps faut-il pour visiter Sarlat ?

Comptez une heure et demie pour parcourir le centre ancien et voir les sept édifices racontés sur cette page, et une demi-journée si vous entrez dans ceux qui se visitent. Tout le cœur médiéval se parcourt à pied, sans voiture.

Que voir à Sarlat quand il pleut ?

La cathédrale Saint-Sacerdos et le marché couvert installé par Jean Nouvel dans l'ancienne église Sainte-Marie se visitent à l'abri, et l'office de tourisme occupe l'ancien palais épiscopal. Les visites virtuelles de cette plateforme permettent aussi de découvrir depuis chez soi des intérieurs qui ne sont pas ouverts au public.

Qui était Étienne de La Boétie ?

Un magistrat et écrivain né à Sarlat le 1ᵉʳ novembre 1530, auteur entre seize et dix-huit ans du Discours de la servitude volontaire, et ami de Michel de Montaigne. Sa maison natale, bâtie par son père entre 1520 et 1525, porte la plus belle façade Renaissance de la ville.

Faut-il un guide pour visiter Sarlat ?

Non. L'office de tourisme propose des visites guidées, mais le centre ancien se découvre très bien seul : chaque édifice raconté ici porte un cartel avec un code à scanner, qui ouvre sa fiche, son histoire et ses photos.

Sources et mentions

Ce récit est rédigé à partir des fiches de monuments de la plateforme, des notices Mérimée du ministère de la Culture et du fonds documentaire transmis par la commune. Il est relu et validé par Sarlat-la-Canéda avant publication, et corrigé dans la console dès qu'une erreur est signalée.

Les photographies sont celles des fiches de la commune, légendées une par une. Aucune image de cette page n'est une reconstitution.